2018, bienvenue sur le Titanic

Un voyage sans retour ni canot de sauvetage, ou on prend l’issue de secours ?

par Camille Pierrette.
Mis à jour le dimanche 7 janvier 2018

Notre iceberg à nous est connu depuis longtemps, et pourtant on continue à le faire grossir et à maintenir le cap droit dessus !
Cet iceberg se nomme « croissance infinie dans un monde fini », productivisme, économisme, pseudo-démocratie, religion de la concurrence, course au profit, individualisme égoïste, servitude volontaire, résignation, archaïsme politique et social, capitalisme, adoration du profit et de la consommation, etc.

Ces faits sont à présent de plus en plus connus, vérifiés et vérifiables

Ces innombrables maux « anciens » ont conduit aux catastrophes climatiques et écologiques mondialisées, induites par nos pollutions et rejets massifs de gaz à effet de serre (CO2 et méthane).
Les études scientifiques nous disent que si on ne diminue pas très fortement et très rapidement nos émissions de gaz à effet de serre, le climat pourrait connaître alors un emballement auto-alimenté et incontrôlable menant à une planète invivable (du genre +6°C !), et l’espèce humaine (ainsi que de très nombreuses autres espèces, comme c’est déjà le cas) pourrait disparaître vers 2100 ou même avant !
Certains disent même qu’il est déjà trop tard pour éviter un emballement autonome, et qu’on peut seulement s’y préparer en construisant des systèmes résilients localement.

Ces faits sont à présent de plus en plus connus, vérifiés et vérifiables. Chaque année, on voit même qu’on se situe plutôt dans les perspectives les plus alarmistes et que les faits s’avèrent pire que les prévisions.
Va-t-on à présent vraiment prendre en compte cette réalité ? Pour faire quoi ?

En intro, une petite vidéo diaporama pour se mettre en train :

https://youtu.be/ICyNz2TsbnY

Quelques liens utiles

Face à cette réalité implacable et terrifiante, 4 options possibles :

  1. Continuer comme avant et s’autodétruire
  2. Choisir le capitalisme « vert » et le tout technologique
  3. Choisir la rupture radicale et la sobriété générale
  4. Choisir ou laisser venir des dictatures
  5. Et il faudra aussi tenir compte de l’effondrement de notre civilisation industrielle
2018, bienvenue à bord du méga-Titanic !


- Cliquez-ici pour voir cette image en pleine largeur

1. Continuer comme avant et s’autodétruire

Si on ne change rien, ou trop peu, le processus va continuer, le climat s’emballera, les catastrophes en tout genre s’amplifieront, entraînant des crises politiques, sociales, économiques, des guerres et guerres civiles, puis l’humanité pourrait bien disparaître quand la planète sera devenue invivable par notre faute. Les générations futures souffriront et mourront en masse.
Comme on n’a pas de planète B, l’issue est connue et fatale.

Ce scénario est hélas très probable, car les « sociétés » et « gouvernements » ont déjà beaucoup trop tardé

Ce scénario est hélas très probable, car les « sociétés » et « gouvernements » ont déjà beaucoup trop tardé (alors que ces problèmes sont connus depuis les années 70, et même avant), et pour l’instant il n’y a pas assez de signes d’une réelle prise en compte de la réalité et des changements très importants à mettre en oeuvre.

Ce ne sont pas les COP, les beaux discours, un peu d’énergie renouvelable, des mesurettes et quelques taxes dérisoires qui peuvent enrayer le gigantesque processus d’auto-destruction en cours.
Toutes les petites réformes (généralement non contraignantes) annoncées jusque là ne sont pas à la hauteur des enjeux. Elles se contentent d’égratigner la méga-machine, de la repeindre (green-washing), de nier le problème, mais jamais elles n’essaient d’initier un vrai changement de direction pour tenter de détourner notre méga-Titanic de l’abîme.

Toutes les petites réformes annoncées jusque là ne sont pas à la hauteur des enjeux

Et c’est logique, car les puissants, les multinationales, les Etats et leurs gouvernements raisonnent à court terme et n’ont aucune envie ni aucun intérêt à de véritables changements radicaux s’ils veulent garder le pouvoir et la richesse. Ce seront donc les derniers à agir véritablement, et sous la contrainte.
De plus, ils n’ont pas vraiment prise sur le cours des choses, le système en place est à présent « automatisé », encadré et encouragé par un carcan de lois, d’habitudes mondialement incrustées, de circulation de capitaux.
La « méga-machine » née des choix humains est largement autonome, elle tourne toute seule, alimentée par toutes les personnes et structures qui l’alimentent en permanence. C’est ainsi que nous l’avons conçue, consciemment ou pas.

Si les peuples du monde sont trop peu nombreux à se révolter et à agir collectivement, s’ils laissent faire, attendent, font confiance aux Etats et leurs gouvernements ou aux multinationales pour trouver des « solutions », alors l’humanité est foutue.

L’année 2018 s’annonce mal car le gouvernement français prévoit une bonne Croissance, ce qui va nous rapprocher encore plus vite de l’iceberg. Saurons-nous déjouer ces pronostics désastreux ?

Macron tiendra sans doute le même discours en 2017 !

2. Choisir le capitalisme « vert » et le tout technologique

Si les peuples du monde exercent très rapidement de très fortes pressions sur les gouvernements et entreprises, alors ceux-ci seront obligés de prendre des mesures beaucoup plus fortes qu’actuellement.
Si cette pression reste dans les optiques et mentalités actuelles, ces mesures s’inscriront alors dans la continuité de la non-démocratie, du capitalisme (« vert »), de la croissance (« verte »), de la foi en la technologie salvatrice (« verte »).
Il s’agit de remplacer le pétrole et le charbon par du nucléaire, de l’éolien et du solaire, de peut-être taxer les industries polluantes et la spéculation, etc.

On observe cette option 2. dans les tendances actuelles, avec par exemple le projet de Macron de remplacer les voitures essence par des voitures électriques. On veut faire du nucléaire et des voitures - électriques- , mais à aucun moment il est question de changer de modèle économique (influant sur le transport, l’habitat, le travail...) et donc de diminuer fortement les besoins en énergies et en voitures individuelles.

Outre que cette option comporte l’inconvénient de nous maintenir sous l’emprise du totalitarisme économique, du centralisme étatique et de la religion de la Technique, plusieurs obstacles pourraient la faire échouer :

  • Les peuples en lutte se retrouveront face aux polices et aux forces armées. Rien ne dit qu’ils seront assez nombreux et déterminés pour faire plier les gouvernements et les multinationales.
  • D’après nombre d’écologistes et de penseurs de la décroissance, l’objectif même d’un capitalisme « vert » ou d’un développement « durable » prétendument salvateurs est une aberration et une contradiction. On ne peut pas combattre un mal par le système qui le crée. Même verdis, le capitalisme et la Croissance impliquent le gaspillage, la surconsommation, l’utilisation massive d’énergies et de matières premières, le productivisme... Et donc l’accroissement des émissions de gaz à effet de serre, ou une diminution encore très insuffisante.
  • Des scientifiques nous disent que pour changer les systèmes énergétiques et technologiques « carbonés » vers d’autres moins émetteurs de CO2 (en supposant que ce soit possible sans changer profondément de système économique et social), il faut du temps, notamment pour les déployer à grande échelle. Or du temps on n’en a plus, et « il est trop tard pour le développement durable ».

Cette option, en grande partie inscrite dans la continuité rassurante des modes de pensée et de fonctionnement actuels, semble donc en grande partie illusoire, en tout cas insuffisante.

3. Choisir la rupture radicale et la sobriété générale

Il s’agit ici de changer radicalement de direction, pour se diriger rapidement vers des sociétés sobres et résilientes, qui donc sortent du modèle capitaliste et de Croissance en vigueur à peu près partout.

Ces sociétés devraient donc se rapprocher des idées décrites depuis longtemps par divers penseurs de la sobriété heureuse, de l’anarchisme, de la décroissance, du « bien vivre », de la résilience locale organisée collectivement..., pour créer une économie de la gratuité et du partage non-marchand libérée de la « Valeur » et du Capital (ni argent étalon, ni travail-emploi, ni marchandise, développement des « Communs », fin de la propriété privée des moyens de production).
Une économie libérée aussi de l’Etat, toujours prompt à envoyer l’armée pour maintenir un certain Ordre autoritaire, celui du Capital et des Riches..

Et là le défi est assez énorme, pas tant d’un point de vue pratique (les choses à faire sont connues, et on n’a pas besoin de technologies vraiment nouvelles pour y arriver), mais parce qu’il faudrait qu’un très grand nombre personnes change en peu de temps de mentalité, de paradigme et d’objectifs. C’est un défi anthropologique et existentiel.
Il faudrait que ces personnes rompent radicalement avec tout ce qu’on leur a appris à l’école et dans les médias dominants, rejettent la culture actuelle, le culte de la « réussite » par le Travail, la possession matérielle et la position sociale, l’habitude de la soumission et de la servitude volontaire à tous les étages.

- Cette option, pour réussir, devrait donc gagner plusieurs défis :

  • Qu’un grand nombre de personnes change complètement de paradigme et travaille ensemble au quotidien de manière organisée et déterminée
  • Qu’elles arrivent à résister aux gouvernements et multinationales qui feront tout pour les détruire dès qu’elles atteindront un seuil significatif
  • Qu’elles parviennent à remplacer les gouvernements actuels par des instances réellement démocratiques visant les mêmes objectifs qu’elles, afin d’accélérer les changements et de libérer les initiatives autonomes des contraintes bureaucratiques et des pressions policières
  • Que ces changements aient lieu au plus vite dans de nombreux pays, surtout les plus riches et/ou industrialisés (Europe, USA, Canada, Chine, Inde, Brésil, Australie...), qui sont moins soumis à la pression aliénante de la survie individuelle à court terme, qui sont ceux qui envoient le plus de CO2 et qui ont le plus de richesses en réserve à utiliser pour construire autre chose.

Ce serait a priori le scénario idéal, celui qui nous préparerait le meilleur avenir, en tout cas un possible avenir, et de surcroît il pourrait au passage commencer à résoudre pas mal de problèmes sociaux actuels (isolement, chômage, dégradation des conditions de vie...).
Mais hélas il paraît pour l’instant assez improbable au vu du faible nombre de personnes qui s’y engage vraiment, et en voyant la résignation, la peur, l’incapacité à s’organiser collectivement, le poids des habitudes, l’apathie et la servitude volontaire qui règnent toujours chez le plus grand nombre.

- Pour renforcer les chances de ce scénario, on peut espérer peut-être certains éléments :

  • Le fait que les choses s’aggravent et sont plus visibles/connus pourraient « réveiller » davantage de personnes ?
  • Le fait que le modèle capitaliste est sans doute arrivé au bout de ses limites ? Le travail est devenu trop productif, les richesses trop immatérielles et les débouchés pour vendre la pléthore de marchandises trop petits pour que le Capital et la machine économique sous perfusion de la finance et de la Dette puisse continuer longtemps à fonctionner (cf. A.Gortz, « Ecologica »). Ainsi, un effondrement rapide du capitalisme et de son monde obligera à chercher d’autres voies et empêchera des émissions supplémentaires de gaz à effet de serre (voir plus bas)
  • Les jeunes, s’ils prennent conscience de ce qui les attend en restant passifs et le nez planté devant leurs smartphones et leurs jeux vidéos, pourraient devenir une force motrice importante, d’autant qu’on peut espérer que, malgré le poids de ce système, ils sont moins sensibles à la peur d’agir et de changer de mentalité ?
  • des graves catastrophes météorologiques ou des crises économiques pourraient accélérer les prises de conscience et surtout les passages à l’action de rupture et de transformation ?
  • comme la plupart des humains sont assez « moutonniers », il n’y a pas besoin d’atteindre l’engagement de 100% des gens dans ce scénario pour obtenir de bons résultats, il suffirait peut-être de 10%, 20%, 30% pour peser suffisamment et entraîner des basculements bénéfiques (par exemple, pour Crest, ça ferait entre 400 et 1000 personnes adultes) ?

- Pour la région de Crest, rejoignez par exemple le « Réseau Autonomie Crest » qui agit pour la sortie volontaire du capitalisme et la résilience locale.

Les humains ayant malgré tout un instinct de survie, il est possible que cette option 3. puisse grandir rapidement s’ils écoutent aussi leur coeur et leur intellect.

4. Choisir ou laisser venir des dictatures

Si l’option 3 reste trop faible et que les deux premières options l’emportent trop largement, il est possible que face aux difficultés et catastrophes croissantes de nouvelles sortes de dictatures remplacent les pseudo-démocraties actuelles.
Des dictatures nées de coups d’Etat ou de dérives de certains gouvernements, qui verraient dans des mesures ultra-autoritaires le seul moyen de préserver la survie de l’humanité (des films d’anticipation vont parfois dans ce sens, voir par exemple « Soleil Vert » ou « Seven Sisters »).
Ces dictatures pourraient imposer par exemple l’arrêt de l’utilisation des voitures individuelles, l’égalité de revenus pour tous, le rationnement drastique de la consommation... Un peu comme en temps de guerre.

Ce que les humains auraient été incapable de faire de manière concertée, intelligente, réellement démocratique, dans un esprit de créativité et d’émancipation joyeuse, pourrait être alors imposé sous la forme triste de règles brutales et simplistes, bureaucratiques et policières (en fait un simple durcissement des pratiques actuelles qui sont déjà totalitaires).

Ces dictatures naissant sous l’impératif d’une situation déjà catastrophique, sous la contrainte de situations sans issue qui n’auront pas été anticipées, ce serait sans doute déjà bien tard, et, en plus de leur côté violent et sans discernement, on peut craindre qu’elles ne résoudraient pas vraiment les problèmes, et pourraient même les empirer par d’éventuelles guerres, fermeture de frontières, répression, etc.

L’effondrement de notre civilisation

Une autre possibilité qui pourrait faire bouger nos choix et actions est le fait que cette « civilisation » industrielle pourrait s’effondrer prochainement, car elle cumule le dépassement de plusieurs limites. Lisez les articles et ouvrages sur la collapsologie, qui étudie l’effondrement des sociétés.
Dans notre cas, les raisons d’un effondrement (rapide ou gradué) sont multiples et pourraient se combiner : crises économiques financières, fin du pétrole pas cher, catastrophes climatiques...
Si ces effondrements ont lieu dans les années qui viennent, ils pourraient rebattre les cartes.
Tout dépendra de ce qu’on en fait, de si on s’y est préparé ou non par l’organisation collective de systèmes résilients pour nos besoins vitaux.
D’un côté ça pourrait rajouter des difficultés, de l’autre ça permettrait, de manière forcée, de diminuer bénéfiquement nos émissions de gaz à effet de serre et de donner davantage d’essor aux mouvements de transition radicale et de sortie du capitalisme.
Si trop d’humains y réagissent « mal », ça pourrait aussi donner davantage de guerres et de dictatures !

Personnellement, actuellement, au vu des résistances humaines à construire autre chose que le capitalisme ravageur et la folie de la Croissance infinie, j’en suis à souhaiter un effondrement proche de nos « sociétés », car malgré les maux que ça engendrerait sur le coup, ça serait une sorte d’« opportunité » à saisir, et surtout ça permettrait de fait de réduire fortement nos émissions de CO2, et donc d’augmenter nos chances pour l’avenir.

Dans tous les cas, les années qui viennent sont cruciales

Même si on peut craindre au vu du passé et du présent que les humains soient trop peureux, conformistes et prisonniers de leurs habitudes pour changer de paradigme, on ne peut pas vraiment prédire leurs choix à l’avance.
Sans doute qu’il y a aura partout un mix des 4 choix, en proportion variable suivant les régions du monde. A nous, à chacun.e de faire en sorte que le mix penche partout du côté du choix N°3 si on veut que notre espèce survive, et survive dans des conditions pas trop difficiles.

En tout cas, l’effondrement du capitalisme, sous les coups des catastrophes climatiques et de ses propres limites, semble à présent inéluctable. A nous de choisir de le subir sous la forme d’une « décroissance » violente, ou de le souhaiter/hâter sous la forme d’une décroissance volontaire, joyeuse, créative et libératrice, qui permettrait en outre d’atténuer l’ampleur du changement climatique et de mieux s’adapter aux catastrophes déjà inévitables.

On ne sait pas vraiment quels seront les choix de l’humanité, mais on sait d’ores et déjà que ce qui sera fait, ou pas, dans les années qui viennent, est crucial, pour nous, et pour nos enfants.
On sait que la responsabilité est entre les mains de chacun.e, car on est au pied du mur, ou plutôt au bord de la falaise, et il n’y aura pas de cavalerie, d’extra-terrestres, de grand chef providentiel ou de solutions miracles pour nous faire changer de direction, pour forcer tout seul le Titanic géant qu’on s’est créé à changer de cap et à se « reconfigurer » grâce à un changement complet de mode de fonctionnement.

Et vous, qu’allez vous choisir ?

P.-S.

Cet article doit beaucoup à diverses conversations et réflexions avec Patricia.


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