Joyeux solstice à tous !

par Etienne Maillet.
Mis à jour le mardi 26 décembre 2017

Joyeux solstice à tous ! Enfin l’hiver recule, enfin l’astre chaud et brillant dont provient l’énergie vitale monte à nouveau dans le ciel. Enfin la mort et le froid s’éloignent, enfin reviennent vie et chaleur !

Noël est la fête du solstice d’hiver.
Pour certains anthropologues, les origines du Père Noël, de Saint Nicolas dans l’Est de l’Europe (jusqu’aux confins de l’Oural), remonteraient au paléolithique (tout comme d’ailleurs le jeu de la marelle, où le joueur oscille entre terre et ciel).

C’est dire l’ancienneté de cette tradition, ancrée au plus profond de la culture européenne, que ne vient que très récemment recouvrir le vernis chrétien. Chrétienté qui au surplus se présente d’abord comme auxiliaire de l’entreprise coloniale romaine, ou quelques siècles plus tard, européenne.

Dans nos territoires, le christianisme fut l’adjuvant de la construction impériale romaine. Il servit de caution morale à une nuée de collabos gallo-romains. Il dissimulait sous une toge candide, l’exploitation, le travail forcé, le pillage des ressources, l’asservissement des populations.

La date de Noël en tant que fête chrétienne n’apparut que tardivement, probablement vers le quatrième siècle. Il s’agissait de camoufler, enfouir, effacer - un peu à la manière dont on soustrayait sous Staline des photos officielles l’image des dissidents - les témoins, bornes et monuments des antiques croyances. La plupart de nos chapelles les plus anciennes, nos sources coiffées d’un édicule portant croix, les sites dont le nom réfère aux fées, à Saint Roch – ce roc qui évoque les mégalithes – sont avec une forte probabilité d’anciens sites sacrés.

De leurs réelles origines, il n’est généralement fait aucune mention. Partout en France, les conservateurs des antiquités historiques se font auxiliaires de la propagande romano-christique, occultant l’origine païenne de nos sites sacrés.
Ainsi, sous l’ancienne église de Crest (aujourd’hui détruite et remplacée par l’horrible et bruyant pastiche gréco-napoléonien que nous connaissons) une source, croit-on, alimentait le baptistère. Les premiers siècles de la chrétienté refusaient l’accès des sanctuaires aux non baptisés, considérés à l’instar de païens. [1]
Or les Celtes – Francs, Vandales, Ostrogoths, Wisigoths, Teutons…- révéraient les eaux affleurantes, sources, marais, lacs, médiatrices entre les mondes aériens et chtoniens. Elles étaient pour eux les parties visibles du corps hydraulique du dieu Borvo.
 [2]
Il y a donc lieu de penser que l’église de Crest remplace et dissimule le témoignage d’une foi d’une antiquité bien plus haute.

Ainsi, après deux mille ans la propagande romaine fonctionne toujours à plein, qui prétend que Rome eût apporté en Gaule la civilisation, le droit, l’écriture. Preuve, s’il en est, que la clé de l’aliénation des peuples réside dans le contrôle des images, des représentations, des symboles, des médias.

Ce que retranche le Noël chrétien de notre commune humanité, c’est aussi une conception du temps, du destin, des relations de l’homme avec l’univers. En faisant de l’homme (mâle au moins) son fils, Dieu met le monde à hauteur d’œil. Certes, il rend la Terre aimable, quand pour les manichéens, zoroastriens, mazdéens, bogomiles, ariens, cathares..., elle est un exil de boue emprisonnant l’âme. [3]

Mais dans le même temps, il fait du monde le sujet de l’homme. Il permet que le bipède domine et viole la phénoménalité. On peut ainsi soutenir que la crise environnementale actuelle est l’un des effets du christianisme. Cause qui nous apparaît lointaine seulement parce que la vie humaine n’est pas l’empan adéquat pour apercevoir les dynamiques d’ampleur bien plus larges – démographiques, environnementales, culturelles, génétiques, mémétiques...- qui pourtant conditionnent son bref passage humain sous le soleil.

Au surplus, en faisant de l’homme le miroir de la divinité, une telle doctrine confirme le bipède dans l’illusion que sa conscience lui donne accès à tous les mystères, ceux notamment de sa psyché qui lui seraient accessibles en ses moindres parties. Il faut là voir l’origine du scientisme, cette déviance prétendant que tout est réductible au rationalisme, comme de sa version contemporaine, le transhumanisme.

Dans la Bible, Marie a bon dos. Et avec elle, toutes les femmes. Que signifie cette fable d’immaculée conception ? Ce n’est qu’une histoire de poule et d’œuf, comme en conçurent toutes les traditions, toutes les cultures, recourant souvent à la figure de l’oeuf : qui est à l’origine ? Comment expliquer le temps, le début, la fin, la mort ? Il faut choisir entre la poule et l’œuf, trouver une astuce, une ruse, un truc, une faribole, pour que l’un démarre l’autre.

Pour le christianisme, la femme sera la victime désignée, le pharmakon de choix, comme dirait feu René Girard. C’est elle qui mange la pomme, c’est elle qui pèche. Elle introduit la genèse, en se faisant introduire. Par elle démarre le monde, la nécessité, notamment sexuelle, de proroger la condition humaine, toute pétrie de douleur. Il fallait qu’elle en fut punie. Les mythes, comme les rêves, ont cette extraordinaire capacité à agréger, fusionner, coalescer en une même unité des faisceaux de motifs très différents. Dans le temps même où la femme est désignée bouc émissaire, responsable des maux du monde, elle devient également, par punition, objet de propriété patriarcale. Ainsi le pater familias romain avait-il droit de vie et de mort sur ses dépendants, esclaves, enfants, femme.

La femme souillée justifie ainsi sa punition et son asservissement, juste rétribution. Elle rentre dans le périmètre patrimonial, comme un objet, une valeur, au même titre qu’une tête de bétail. Certaines femmes d’ailleurs, inconscientes de leur dignité, ne revendiquent-elles pas leur aliénation en affublant leurs narines d’anneau comme en portent les vaches ?

Noël est la fête du solstice d’hiver, du renouveau, de la récurrence. Son modèle est le cercle, la boucle, le lemniscate, l’éternel retour. Boucle que la chrétienté vient détruire, au profit de la linéarité des temps, de la durée suspendue entre création et apocalypse. Schopenhauer se gausse à juste titre de l’idée chrétienne d’une éternité interrompue par l’incarnation humaine, fourrée comme un sandwich entre l’éternité des limbes – lieu flou de résidence des âmes non baptisées – et celle du purgatoire et du paradis. C’est un peu comme dire : je reviens dans une minute, plus une éternité.

De sorte qu’il est également possible de prétendre que l’apocalypse, qui effectivement nous pend au nez, est la conséquence de cette croyance monstrueusement orgueilleuse, prométhéenne, qu’introduit Christ parmi les hommes. [4]

A tout prendre, le big bang n’est jamais que la réjuvénation du mythe christique. La théorie du big bang et l’arme atomique entretiennent une étroite relation de nature prométhéenne : dans les deux cas il s’agit de vaincre, pratiquement ou théoriquement, les forces de répulsion à l’intérieur du noyau atomique. Par ailleurs, la critique interne de la théorie de la relativité générale, [5] comme la physique quantique, pour laquelle les événements fondamentaux sont achroniques et atopiques, infirment la fable du big-bang.
 [6]

Il n’est pas question d’infirmer les résultats pratiques de la relativité et de la physique quantique : les téléphones portables ou les CD ROM fonctionnent sur leurs bases. Mais une théorie n’est jamais qu’une histoire convenable plaquée sur des faits, qu’elle est sensée éclairer. De sorte que l’interprétation peut changer sans que rien ne bouge du côté factuel.
Comment la relation entre prométhéisme, scientisme, catastrophe environnementale, christianisme peut-elle ne pas être claire ? Nous sortir du létal bourbier où nos représentations nous ont conduits demande que l’on s’extirpe de l’impasse philosophique, morale et métaphysique dans laquelle nous sommes englués depuis deux mille ans. Et certainement la vision circulaire, récurrente, cyclique que propose l’antique vénération du solstice représente-t-elle une alternative sensée et positive, qui plus est compatible avec les résultats expérimentaux.

Dernier point enfin : le 25 décembre est-il la date du solstice d’hiver ? Non : cette année, il s’est produit le 21 décembre à 17 h 28 (à supposer que cette notion de date ait un sens). En 2002, il s’était produit le 22 décembre.

Bonne fête du solstice à toutes et tous !

Notes

[1Le païen appartient au pagus, au pays, il est un paysan. Il n’est pas civilisé, il n’appartient pas à la civitas, à la cité. Cités construites grâce au travail forcé, qui seront un puissant moyen pour Rome d’affirmer sa puissance en y concentrant les centres de pouvoir.

[2Borvo d’où proviennent de nombreux hydronymes aquatiques : Bièvre, bourbe, ou encore en anglais beaver, castor.

[3Le mot désir référerait d’ailleurs à ces antiques croyances, puisque selon certaines auteurs, il signifierait étymologiquement "nostalgie d’une étoile".

[4Jésus n’est pas le Christ. Il fut un résistant et un révolutionnaire social : le Christ est une création idéologique abstraite

[5Critique interne qui repose sur la sommation universelle deux à deux de l’ensemble des couples d’espace-temps, à la manière dont Feynman définit la notion d’intégrale de chemin

[6On pourra se référer sur ce point à l’émission de Mathieu Vidard, la Tête au carré, qui effleure certaines de ces questions.

L’émission comporte toutefois quelques inexactitudes de la part de l’invitée, notamment quant à la valeur de la constante de Planck, quant encore à l’antiquité des calendriers, bien plus haute que prétendu, puisque l’on connaît des plaquettes lithiques du paléolithiques, gravées de lignes de points, qui selon certains archéologues, représenteraient l’observation de la trajectoire lunaire dans le ciel.
Mais pire, l’émission énonce quelques pure absurdités : ainsi est-il indiqué que quinze minutes après le big bang rayonnement et matière sédimentent.

Or le temps et l’espace, en toute rigueur théorique - critique interne - sont les produits du big bang. Ils ne lui préexistent pas, et ne peuvent donc constituer des références, des dates. Erreur quasi générale parmi les physiciens, qui confondent ainsi cause et conséquence. Il s’agit d’une erreur logique difficile à discerner, encore plus à combattre, puisque notre civilisation, notre appareil économique et productif, nos structures politiques, reposent sur elle. Pour y voir plus clair, on pourra lire Wittgenstein (Tractus logico philosophicus), Varela, ou encore Hofstadter. Voir également mon texte « Un poil après le futur », ou bien encore "Geste et signe", paru sur le site http://paleobox.forumactif.com/Paleobox, dédié à l’archéologie expérimentale.


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